Sréphane Boyer
Homélie de S. Boyer du 19 janvier 2025
Transcrit par TurboScribe.ai.
Ce texte de l'Évangile de Jean, ce texte de la fête de Cana, est plein d'enseignements. On peut y voir beaucoup, beaucoup de choses différentes. Alors je vous en partage quelques-unes, mais je ne peux pas tout dire.
Et surtout que vous pourriez en ajouter chacune et chacun, comme je le faisais avec Anne Bissardon hier, puisque ce texte servira aussi pour les conscrits prochainement. Voilà. Vous le voyez, Jésus partage avec ses disciples une fête de mariage.
Et à l'époque, comme encore dans certains pays, le mariage, ce n'était pas une petite fête. 200, 300, 400 invités, comme quand je suis avec la communauté des Mongs, les gens sont invités, on ne sélectionne pas, comme c'est le cas pour nous. Et on tue le bœuf, et on tue les agneaux, et il y a à manger pour tout le monde, pendant un grand, grand, grand repas.
Et forcément, il faut prévoir la quantité nécessaire. Apparemment, il y a eu un oubli sur le vin, ou alors ceux qui étaient là ont beaucoup bu. C'est aussi tout à fait possible, d'après ce que nous dit le texte.
Mais ce qui est intéressant, c'est que Jésus participe à la joie. Il participe à la joie de ces époux, de ceux qui se marient, de ceux qui font alliance. Je me dis, en entendant ce texte, que chaque fois qu'il y a deux personnes qui s'aiment, Jésus est présent comme il était présent à Cana.
Est-ce que des fois, on pense à ça, quand on est en groupe, quand on est en famille, quand on est avec des amis, quand il y a deux personnes qui s'aiment, Jésus est présent comme il s'est rendu présent à la fête de Cana. Jésus aime quand les hommes et les femmes sont capables de créer du lien, sont capables de créer des alliances. Quand deux peuples se rencontrent pour partager, rappelez-vous tous les jumelages qu'on a vécus, je ne sais pas si c'est encore le cas dans vos villages, mais on a vécu de très nombreux jumelages.
Quand deux peuples font alliance, apprennent à se connaître. Quand deux personnes apprennent à se connaître. Quand deux groupes, deux associations se retrouvent pour partager un lien, il y a alliance, il y a des liens qui se créent.
Et Jésus est venu dans ces moments-là au cœur de l'humanité. Et puis nous-mêmes comme chrétiens, il ne faut pas avoir peur de participer aux bonnes choses dans nos villages. Chaque fois, peut-être qu'il n'y a qu'une fête de village, chaque fois qu'il y a une rencontre amicale, je trouve que ce serait important et intéressant de ne pas dire « Oh, ben, ce n'est pas pour nous », mais que les chrétiens en soient présents, et en soient présents comme des témoins joyeux qu'il y a là des alliances qui se font entre les personnes.
Des fois, on peut se dire « Oh, ce n'est pas pour nous ». Bien, comme chrétiens, notre mission, c'est aussi comme Jésus, d'être présents dans tous les lieux où l'alliance, où les liens se constituent, se créent, se nourrissent et avancent vers une vraie fraternité. Dans ce texte, il y a aussi le dialogue entre Marie et Jésus. Elle l'interpelle, elle le dérange, elle le bouscule.
« Femme, mon heure n'est pas encore venue. » Jésus lui dit : « Ce n’est pas encore l’heure que je me révèle, et elle pourtant qui a porté cet enfant. » Elle sait qui il est.
Elle sait qu'il est à la fois son fils, mais qu'il est aussi le fils de Dieu. Et elle a envie qu'il manifeste auprès des hommes qu'il est l'envoyé du Père, qu'il est l'envoyé de Dieu. Et elle le bouscule.
Et si vous lisez l'Évangile, un jour, par exemple, vous pouvez vous dire, je vais lire l'Évangile, un Évangile complet, et je vais relever toutes les phrases où Jésus est bousculé par les gens. Hier, on lisait le texte de Bartimée, avec l'aveugle, et Bartimée qui crie vers Dieu, « Jésus, fils de Dieu, aie pitié de moi. » Et puis, Jésus, il devait passer son chemin, et puis les autres, ils le disent, « Tais-toi, tais-toi, tais-toi.» Non, Jésus a été bousculé par ce cri. Et il a accepté l'amour. Si on lit un Évangile avec cette question, quand est-ce que je vois que Jésus est bousculé ? Eh bien, on va voir que pour que Jésus se manifeste comme fils de Dieu, il a sans cesse été interpellé par des humains.
Sans cesse, des hommes, des femmes, lui ont dit, manifeste-toi, manifeste ta force, manifeste que tu es vraiment le fils de Dieu. Jésus a accepté de se laisser déranger, de se laisser toucher. Alors là aussi, deux questions, deux interrogations pour nous.
Est-ce que nous-mêmes, nous acceptons de nous laisser déranger ? Est-ce que quand les gens nous demandent un service, quelque chose, nous avons tendance à plutôt penser à notre tranquillité ? Ou est-ce que nous acceptons d'être déplacés, d'être dérangés dans notre propre existence ? Et l'autre aspect qu'on peut aussi souligner pour nous, c'est que comme Marie interpelle son fils, nous aussi, nous pouvons interpeller Jésus. Nous aussi, aujourd'hui, nous pouvons dire à Jésus, nous pouvons crier à Jésus, donne ta paix aux hommes, mets ta paix dans les cœurs, viens guérir les hommes pour que la rancune, pour que la haine sorte de leur cœur et que ta paix, comme je le disais au début de la messe, que ta paix, ta véritable paix puisse s'installer dans le cœur des hommes et dans les êtres. Cela, ça, c'est à toutes les échelles.
Ça peut être aussi bien dans les tensions qu'on peut vivre en famille que dans une commune, que dans une société, que dans une paroisse, qu'entre peuples. Crier vers Dieu comme Marie a interpellé son fils pour dire, Jésus, donne-nous ta paix, donne-nous d'entrer dans ta joie, donne-nous d'entrer dans la fraternité, donne-nous ta force pour avancer sur le chemin. Comme Marie, nous pouvons interpeller Jésus et soyons sûrs qu'il se laissera déranger pour nous accorder ce qui est bon.
Enfin, une dernière chose, Jésus se laisse fléchir et il va faire ce signe de l'eau transformée en vin. Alors, il y a le symbole des jarres, les jarres de la purification, mais il y a surtout ce symbole de l'eau transformée en vin. Je vous le dis comme je le comprends, très simplement.
L'eau, elle symbolise la nature humaine et le vin symbolise la divinité. Et Jésus, avec l'eau, c'est-à-dire avec notre nature humaine, quand il nous donne son esprit, quand il nous donne sa présence, peut nous transformer en bon vin, peut faire de nous, des hommes et des femmes, habités de sa divinité. L'eau transformée en vin, c'est l'homme, l'humain, qui fait alliance avec Dieu, avec l'esprit de Jésus et qui devient quelque chose de très bon pour l'humanité.
Et comme Jésus fait ce geste, voyez, le maître du repas, il dit d'abord, donne le bon vin et puis après le plus mauvais. Et avec Jésus, c'est l'inverse. C'est une façon de dire, voilà, dans le temps, il y a eu la révélation, petit à petit, vous avez découvert la présence de Dieu et aujourd'hui, je suis celui qui est bon, celui qui est encore meilleur que tout ce que vous avez reçu comme enseignement et qui vient encore transformer de façon plus belle le vin que vous pouvez être pour les autres.
Oui, nous sommes invités à être du bon vin. Notre manière d'être, notre manière d'écouter, notre manière de consoler, notre manière d'être présent à celles et ceux qui sont autour de nous, nous sommes invités à être du bon vin. Je vous donne un exemple, là encore, hier matin, j'étais avec un petit groupe d'hommes et de femmes, certains ne sont pas croyants, d'autres étaient croyants et on avait ressenti le besoin de se retrouver pour rendre hommage à une femme qui s'appelle Hélène qui est décédée il y a quelques mois.
Ses funérailles ont eu lieu dans l'Ardèche, on n'avait pas pu aller et on était plusieurs à ressentir le besoin de pouvoir dire merci à cette femme pour toutes les lumières, pour tous les moments qu'elle avait offerts aux autres. Et croyant, en croyant, on s'est retrouvés et chacun a pu partager un peu ces lumières qu'il avait reçues de la présence d'Hélène. Hélène était enracinée dans l'Evangile et elle a été du bon vin pour tous ces hommes et ces femmes, croyants et non croyants, et j'en ai eu le témoignage hier matin.
J'ai écouté tous ces témoignages d'hommes et de femmes qui sont peut-être loin de la connaissance de Dieu mais qui, par Hélène, ont ressenti la lumière de Dieu, l'amitié de Dieu dans leur propre existence. C'est donc très important pour nous les chrétiens d'essayer d'être toujours bons, c'est-à-dire des personnes qui apportent de la bonté autour d'eux. Ne jugeons pas, n'enfermons pas, écoutons, accueillons, soutenons, essayons de laisser passer la lumière de Dieu qui est tout amour et non pas parfois des rêves du passé qui nous enferment et nous empêchent d'être à l'image de Jésus-Christ qui est tout amour.
C'est pour moi quelque chose d'important. Jésus fait alliance avec l'humanité et il nous faut, nous les chrétiens, essayer d'être le reflet de Jésus sur la terre. Comment les gens vont connaître Jésus s'ils ne voient pas des hommes et des femmes habités de bonté et qui leur donnent envie à leur tour de s'approcher de Jésus-Christ.
Enfin, dernière chose, je reviens sur le texte de la deuxième lecture sans trop détailler, mais saint Paul rappelle quelque chose de très important pour notre communauté paroissiale ici. Il dit qu'il y a un seul esprit mais qu'il y a des dons très divers. Et c'est vrai que dans notre paroisse, nous sommes invités à ce que chacun trouve sa place dans la diversité de nos charismes, dans la diversité de nos dons et que chacun puisse prendre sa place, servir au sein de la communauté avec les dons qu'il a, mais toujours dans l'unité de l'Esprit Saint.
Nous ne sommes pas là pour nous servir, nous sommes là pour servir la communauté, pour témoigner ensemble de la bonté de Dieu et garder le désir de l'unité ensemble, unis par le même Esprit Saint. C'est un message, peut-être qu'on peut le relire, on pourrait relire ce texte, cette deuxième lecture au cours de la semaine. Je pense qu'il s'adresse particulièrement à nous, dans notre situation paroissiale.
Voilà ce que je voulais vous partager. Vous voyez, il y a différentes pistes que chacun prenne, celle de laquelle il est le plus proche, qui lui semble la plus simple, et puis que nous essayons de progresser dans notre amour de Dieu pour faire alliance avec Jésus comme lui-même est venu faire alliance avec l'humanité tout entière.
Transcrit par TurboScribe.ai.
