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Célébration œcuménique – Nicée 2025

Célébration œcuménique – Nicée 2025
CarCom – Lons-le-Saunier
16 novembre 2025

Introduction – Contexte historique

Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ (cf. 1Co 1,3). J’introduis mon introduction avec cette bénédiction de l’apôtre Paul. Cette formule, qui remonte donc aux tout premiers temps de l’Église, affirme la seigneurie du Christ, à égalité avec celle de Dieu le Père. Adressée au début d’un culte ou d’une célébration, elle exprime clairement que, en Christ, c’est Dieu qui nous rassemble.
Les premiers chrétiens, du temps des apôtres, avaient des confessions de foi très simples : Jésus Christ est Seigneur (Rm 10,9)! Affirmer cela, c’était se déclarer comme « chrétien », comme disciple de Jésus, et risquer la persécution.
Très rapidement, ils ont éprouvé le besoin de rendre clairement compte de leur foi. Qu’exiger d’une personne qui demande le baptême ? Que répondre aux questionnements des Juifs, des païens, des hérétiques ? Après la disparition des premiers apôtres, il a fallu s’accorder sur la manière d’énoncer fidèlement leur enseignement. C’est ainsi que fut élaboré, peut-être dès le 2e siècle, notre « Symbole des Apôtres » : Je crois en Dieu, Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur… Nous pouvons tous encore le proclamer dans nos liturgies.
Mais il n’a pas été possible d’en rester là. Dès les 2e et 3e siècles, ont fleuri diverses théories pour tenter de comprendre la relation entre le Père et le Fils au sein de la Trinité. Mais au début du 4e siècle, a éclaté une crise beaucoup plus grave, en Égypte, à l’initiative d’un prêtre d’Alexandrie, nommé Arius (†336). Ascète, savant, brillant prédicateur, Arius professait que le Fils a commencé à exister par un acte de la volonté du Père et que, Jésus n’étant pas Dieu, il serait subordonné au Père.
Clairement, Arius s’en prenait à la divinité du Christ qui, bien qu’ayant été un être exceptionnel, n’en restait pas moins une créature. L’évêque d’Alexandrie, Alexandre (250-326), réagit aussitôt. Il réunit une conférence à la suite de laquelle Arius et ses partisans furent excommuniés. Arius trouva refuge auprès d’un évêque érudit de Palestine, Eusèbe de Césarée (†339). De là, il lui fut possible de diffuser ses idées. De son côté, Alexandre multipliait les lettres pour dénoncer les erreurs d’Arius. Le tumulte grandissait ; l’Église se divisait en Orient.
Les persécutions contre les chrétiens étaient terminées depuis la promulgation de l’Édit de Milan, en 313, par l’empereur Constantin (272-337). En 324, ce dernier venait d’unifier militairement l’Empire sous son unique autorité. Il voyait donc d’un mauvais œil le développement d’une division religieuse ; il allait sommer les ecclésiastiques de ne plus se chamailler sur des points de détail !
Il décida de réunir un concile pour régler la question, dans la ville de Nicée (Iznik, en Turquie actuelle), près de la capitale de l’Orient, Nicomédie, ce qui allait lui permettre de prendre part à l’assemblée. Près de 300 évêques allaient se réunir à Nicée, venus principalement des provinces d’Orient. L’Occident n’eut que 4 représentants : un espagnol, un gaulois, et deux prêtres romains chargés de représenter le pape Sylvestre. Le Concile de Nicée est considéré comme le premier Concile « œcuménique », puisqu’il devait rassembler les évêques du monde entier. En fait, un concile vraiment « œcuménique », avec des représentants de toutes les Églises, reste une idée à réaliser et à essayer…
Celui de Nicée s’ouvre le 20 mai 325, il y a donc 1700 ans. Une puissante majorité d’évêques réprouve les erreurs d’Arius, et une confession de foi est adoptée :

Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant, créateur de toutes les choses visibles et invisibles ;
et en un seul Seigneur Jésus Christ, Fils unique de Dieu, né du Père, c’est-à-dire de la substance (oÙsia) du Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, consubstantiel (Ðmoousioj) au Père, par qui tout a été fait, ce qui est au ciel et sur la terre ;
qui, pour nous, hommes, et pour notre salut, est descendu, s’est incarné et s’est fait homme, a souffert, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux, et viendra de nouveau juger les vivants et les morts ;
et en l’Esprit Saint.

Notons bien le mot consubstantiel-homoousios (= de même substance que le Père), directement dirigé contre la position d’Arius. Ce terme va être âprement discuté par différentes tendances. Les plus modérés partisans d’Arius ajouteront un petit iota et le corrigeront en homoiousios (= de substance semblable à celle du Père), et les plus ardents défenseurs d’Arius en homoios (= semblable : le Fils ne serait que semblable au Père)… Querelles de lettres ? Byzantinisme ? Ces partis se sont affrontés, parfois violemment, dans les années qui ont suivi le Concile. La défense de la position de Nicée fut menée par le résolu Athanase (†373), devenu évêque d’Alexandrie à partir de 328. On regrette les violences, et les nouvelles divisions engendrées par un concile qui devait assurer l’unité. Mais, en affirmant clairement la divinité du Christ, le concile a offert une formulation de la foi dans laquelle toutes les Églises chrétiennes se sont reconnues depuis lors.
Les déboires qui suivirent le Concile de Nicée laissèrent des problèmes non résolus. Les ariens ne désarmaient pas, et une nouvelle question apparaissait : le Saint-Esprit était-il Dieu ?
En 380, l’empereur Théodose (347-395) fait du christianisme la religion de l’Empire. Il est décidé à mettre fin aux querelles théologiques et convoque un autre concile dans sa capitale, Constantinople, en 381. Le Concile de Constantinople réaffirme la foi de Nicée, précise les conditions de l’incarnation et la glorification du Christ, et affirme la divinité du Saint-Esprit :

Nous croyons au Saint Esprit, Seigneur et vivifiant, qui procède du Père – le et du Fils (filioque) ne sera introduit officiellement qu’en 1024 par Rome, suscitant l’opposition des Églises orientales – ;
qui doit être adoré et glorifié avec le Père et le Fils,
qui a parlé par les prophètes.

Le Credo reçoit aussi la conclusion que nous lui connaissons (Église, baptême, résurrection…), mais dont la traduction de la formulation sur l’Église n’est pas sans poser encore des questions dans les dialogues œcuméniques.

Au moment de la Réforme protestante, au 16e siècle, les Églises luthériennes, réformées, anglicanes et anabaptistes ont reconnu le Symbole de Nicée-Constantinople. Certes, dans toutes les Églises – y compris dans l’Église catholique – ont fleuri des interprétations, des interrogations théologiques sur le bien-fondé de certains termes, ou prônant l’esprit et non la lettre du Symbole. Mais Nicée-Constantinople reste pour tous une expression adéquate de la foi chrétienne. Nous reconnaissons le message de l’Évangile dans ce texte, même si son élaboration n’a pas toujours été très... évangélique.
« Catholiques, protestants, orthodoxes, proclament une même foi en Christ. » Oui, en ce qui concerne le Christ, nous reconnaissons que nous sommes profondément unis, et c’est ce qui fait de nous tous des christ-iens. Le Conseil Œcuménique des Églises s’est défini à son tour comme une association fraternelle d’Églises qui confessent le Seigneur Jésus Christ comme Dieu et Sauveur selon les Écritures, et s’efforcent de répondre ensemble à leur commune vocation pour la gloire du seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. De même, le Forum Chrétien Mondial se veut un espace pour les Églises qui confessent le Dieu trinitaire et Jésus Christ parfait Dieu et parfait homme.
Jésus nous le demande : Et vous, qui dites-vous que je suis ? (Mt 16,15) Célébrer les 1700 ans du Concile de Nicée est l’occasion, pour nous tous, dans la joie de la foi, de nous réapproprier l’exclamation de l’apôtre Thomas : Mon Seigneur et mon Dieu ! (Jn 20,28)

Pasteur François Caudwell

 

Paroisse SJBB

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